Édition 2021

Rencontre avec Sandra Pain

Cette semaine, ce n’est pas un intervenant mais bien un binôme que vous allez découvrir dont l’intervention portera sur « Mémoires intimes, mémoire nationale : le Mont Valérien à travers ses archives ». Voici le portrait de Sandra Pain, l’une des deux voix de cette intervention.

Pourriez-vous résumer votre parcours universitaire et professionnel ?
J’ai commencé après le bac, une année en classe préparatoire littéraire (hypokhâgne à Angers), puis j’ai poursuivi en licence d’histoire à l’Université de Tours. Très intéressée par les métiers du patrimoine et des musées, j’ai continué mes études en master. Je suis détentrice de deux masters spécialisés : le 1er en patrimoine et archives historiques (Avignon) et le 2ème en muséo-expographie (Arras).

De manière générale, ma formation pluridisciplinaire m’a permis de travailler au sein de plusieurs institutions culturelles privées, publiques et associatives (musées, galerie d’art, service du patrimoine et centre d’archives municipales notamment). Ces expériences toutes plus enrichissantes les unes que les autres m’ont réellement apporté sur le plan humain et m’ont permis de prendre part à de nombreux projets culturels et quelques publications sur des sujets d’études très variés (catalogue d’expo, article pour l’OCIM…).

Pour mes débuts au Mont-Valérien : j’ai commencé fin 2017 par un service civique de 6 mois pour participer à la rédaction du projet scientifique et culturel (PSC) du site, puis ensuite, en tant que contractuelle pendant près de 2 ans où j’ai pu m’intégrer à la vie et au fonctionnement du site auprès des équipes en réalisant des visites guidées, en participant à divers projets de partenariats, en créant des instruments de recherche (politique d’archivage, de collecte de données) et en contribuant à mettre en place un centre de ressources. Aujourd’hui j’ai créé mon propre poste de chargée de valorisation scientifique et culturelle au sein des HLMN-IDF, comme nous avons tous maintenant au sein de l’équipe, des postes spécifiques, très ciblés sur nos missions quotidiennes : pédagogie, communication, valorisation, programmation etc. Nous nous sommes professionnalisés en fonction de nos domaines de compétences.
Enfin ce poste actuel m’a permis d’acquérir une bonne connaissance de terrain et de créer des contacts avec divers acteurs mémoriels.

Sandra Pain
(Photographie personnelle)

Quels sont vos principaux thèmes de recherche en tant que chargée de valorisation scientifique et culturelle ?
Avec ce poste, je suis ouverte à tout type d’actions (culturelles, scientifiques et pédagogiques) visant à valoriser le site, pour enrichir son histoire. Ce travail fait partie de la transmission. Ainsi, parmi les principaux thèmes de recherche, nous avons développé ces dernières années :
– Les recherches historiques consistant à mieux connaître l’histoire du site : la construction du mémoriel (ex : les hauts-reliefs) mais aussi ce qui concerne les parcours des fusillés que nous essayons aussi de mieux connaître. Lors de nos expositions, nous essayons de mettre en avant des parcours moins connus du public. Pour nous accompagner dans ces recherches, nous nous tournons vers des historiens, des chercheurs spécialisés afin de mieux nous guider.
– Les supports sont multiples pour la valorisation : publications de toutes sortes jusqu’à des ouvrages (voir le beau-livre illustré sur le MV que nous sortons avec les éd. Ouest-France), constitution de trames de visites, réalisation d’entretiens oraux.

Pour en revenir sur les thèmes de nos recherches/interrogations actuelles :
– Les droits communs fusillés au Mont-Valérien
– Cas des exécutions dès 1940, de soldats de la Wehrmacht qui auraient été condamnés par l’armée allemande et fusillés au Mont-Valérien (mission que nous avons confiée à l’historien F. Théofilakis).
– Les parcours et engagements des 4 soldats coloniaux inhumés dans la crypte
– Réflexions historiographiques autour de la liste des fusillés

Et comme je vous l’ai spécifié plus haut, tout ce qui contribue de manière générale à comprendre le site sur lequel nous travaillons tous les jours, que cela soit la partie historique et mémorielle.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ces thématiques ? 
Le point de départ pour moi, c’est le PSC du Mont-Valérien commencé fin 2017 et qui a contribué à nous pencher sur de nombreuses questions. Nous nous sommes interrogés sur l’identité même du Mont-Valérien : penser un site à travers toutes ses temporalités, ses problématiques. À partir de là, plusieurs sujets d’études ont immergé et ont rendu possible leur application au sein de divers projets pour le public.

Quelles sont vos principales missions ?
– Au quotidien : tri et classement d’archives, de documentation, de livres afin de poursuivre l’enrichissement du centre de ressource. Cela participe au recensement de l’information qui nous sera utile => travail qui mêle les tâches de documentaliste/archiviste avec la mise à disposition d’instruments de recherches que je crée en interne pour l’équipe.
– Préparation des expositions : recherches, rédaction + suivi administratif même si c’est plutôt ma collègue chargée de programmation qui s’occupe davantage de cette partie.
– Participation aux différents projets du site : soutien pour les recherches, les relations partenariales, suivi etc.
– Temporairement (si besoin de renfort de l’équipe des guides et médiateurs) : réalisation de visites guidées.

Une exposition en cours au Mont-Valérien et à laquelle Sandra Pain a contribué.

Comment qualifieriez-vous votre rapport aux archives ? D’où est venu votre intérêt pour les archives ?
Assez étroit et passionnant. Depuis le début même car avant de commencer la rédaction du PSC, je me suis plongée dans l’histoire du site → je suis partie des sources, donc des archives.
Aujourd’hui mon travail y est toujours relié puisque je participe à toutes les recherches : pour les projets menés, pour les collègues et pour les particuliers qui en font la demande par mail. J’essaye de centraliser toutes les ressources disponibles pour mieux les faire partager. C’est une grande satisfaction pour moi.
Passionnant aussi, car les recherches amènent d’autres recherches. Cela nous amène souvent sur des pistes que l’on n’aurait pas soupçonnées au début.
Cet intérêt pour les archives est assez ancien, depuis mes études d’histoire. Et plus personnellement, je suis une personne qui attache beaucoup d’importance aux traces laissées : écrits, témoignages, objets etc. C’est ce qui nous relie à un passé et suscite la curiosité d’en savoir plus en effectuant des recherches.

En tant que chargée de valorisation, quelle serait votre définition de la mémoire ? Pensez-vous que celle-ci est amenée à évoluer à l’avenir ?
C’est difficile de donner une définition uniforme car justement je trouve que la mémoire n’est pas un objet fixe. Elle évolue aussi en permanence avec son temps et avec les gens. Rien n’est figé. Il y a des moments de consolidations, puis de ruptures/ou semblant de continuité. C’est un travail de construction dont il est passionnant d’en décrypter tous les rouages. C’est ce que nous avons essayé de faire avec notre dernière exposition « Déconstruire les mémoires ».
En somme, si auparavant la mémoire était de se souvenir, de se remémorer un fait ou un passé, aujourd’hui ce terme renferme sa propre ambition : celle d’expliquer et de transmettre ce qui nous semble le plus juste, le plus utile pour l’avenir même si la tâche est parfois très difficile car cela pose la question de la légitimité. Comment les sociétés du futur jugeront nos actions : étaient-elles justes, bonnes… ? Je crois qu’il faut s’adapter à son temps, comprendre les questionnements et tenter de mieux y répondre avec les outils et les savoirs dont nous avions à cet instant T.

Quels sont vos documents d’archives préférés ?
Les correspondances privées : elles sont souvent révélatrices de beaucoup de choses, de vécus intimes transposés dans la grande « H »istoire. C’est aussi le plus touchant comme les lettres de fusillés.
Il y a eu en 2019 à la BnF, une magnifique exposition sur « Les manuscrits de l’extrême », là on retrouve ce sentiment de garder précieusement tous ces témoignages qui auraient pu ne plus exister mais qui heureusement ont pu résister au temps et qui sont quand même là aujourd’hui pour témoigner de choses extraordinaires. L’écrit s’il n’est pas altéré, reste. A contrario, cela fait prendre conscience aussi, que certains documents ont été perdus et nous ont privé d’un enrichissement supplémentaire. Parfois nous parlons de « pertes pour l’humanité » dans la disparition d’une civilisation, d’un manuscrit, d’un monument parce qu’il y a eu les guerres ou autres…
Après dans le cadre du Mont-Valérien, je souhaiterais pouvoir connaître tous les plans de l’architecte Félix Brunau et ceux des artisans d’art, dont les sculpteurs qui ont réalisé les hauts reliefs. Je suis persuadée qu’il s’agit de documents de belles factures. Nous savons que dans les années 1960, le général de Gaulle a réuni les meilleurs artistes et artisans de son époque pour réaliser un mémorial unique. Il est frustrant aujourd’hui de ne pas avoir connaissance de ces plans et dessins préparatoires.

A quels ouvrages, articles ou expositions (en lien avec la thématique de notre journée d’études) avez-vous contribué ?
Le projet scientifique et culturel du Mont-Valérien : avant qu’il ne devienne un document administratif, c’est une somme historique qui s’est voulue la plus complète possible pour restituer plus de 80 ans d’histoire de ce site.
L’exposition : [Dé]construire les mémoires. Récits, pratiques & acteurs au Mont-Valérien 2020-2021.
Le beau-livre illustré :« Mont-Valérien, un lieu d’exécution pendant la Seconde Guerre mondiale. Mémoires intimes, mémoire nationale » à paraître en février 2021 aux éditions Ouest-France.

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